HISTOIRE DE BEJA
Source : WIKIPEDIA
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Sommaire


Béja (باجة) est une ville du nord-ouest de la Tunisie située à 105 kilomètres de Tunis. Chef-lieu du gouvernorat du même nom, elle constitue une municipalité de 56 677 habitants[1]. Selon le recensement de la population mené en 2004, le gouvernorat de Béja se classe au 18e rang sur 24 des zones les plus peuplées de Tunisie avec 303 800 habitants, soit une densité de 85,4 habitants par km² .
Béja elle-même compte 56 677 habitants[1] dont 28 284 hommes et 28 393 femmes répartis dans 14 126 ménages et 15 698 logements. La délégation de Béja Nord compte pour sa part 67 471 habitants dont 33 949 hommes et 33 522 femmes répartis dans 15 867 ménages et 17 316 logements. La délégation de Béja Sud compte 38 396 habitants dont 19 151 hommes et 19 245 femmes répartis dans 8 890 ménages et 9 163 logements,

ETYMOLOGIE:

Vaga est le nom antique de l'actuelle Béja. C'est dans la Guerre de Jugurtha écrit par Salluste que le nom de Vaga est cité pour la première fois dans une œuvre écrite :« Non loin de la route que suivait Métellus, était une place forte numide appelée Vaga, le marché le plus fréquenté de tout le royaume, où habitaient et commerçaient ordinairement beaucoup d'Italiens[2]. »

Salluste en parle comme d'une ville qui avait déjà à cette époque une citadelle et des portes :« Les soldats romains, ne comprenant rien à ce coup imprévu et ne sachant que faire, s'élancent en désordre vers la citadelle, où étaient leurs enseignes et leurs boucliers ; ils y rencontrent une troupe ennemie ; les portes fermées les empêchent de fuir. [2]. »

Pline l'Ancien en parle aussi dans son Histoire naturelle :« L'Afrique, depuis le fleuve Ampsaga jusqu'à cette limite, renferme vingt-six peuples qui obéissent à l'Empire romain. On y trouve six colonies, quatre déjà nommées, et Uthina et Tuburbis ; quinze villes jouissant du droit romain, parmi lesquelles il faut nommer, dans l'intérieur des terres, Azuritum, Abutucum, Aborium, Canopicum, Chilma, Simittuum, Thanusidium, Taburnicum, Tynidrumum, Tibiga, deux Ucita, la grande et la petite ; Vaga ; une ville jouissant du droit latin, Usalita ; une ville tributaire placée près des Castra Cornelia[3]. »

Pour sa part, Plutarque évoque aussi cette ville dans Les Vies des hommes illustres sous l'orthographe « Vacca » :« Rien ne lui causa plus de chagrin que l'aventure de Turpilius. C'était un ami de Métellus, et les deux familles étaient depuis longtemps liées par les nœuds de l'hospitalité. Turpilius avait alors à l'armée la charge d'intendant des ouvriers. Préposé par Métellus à la garde d'une ville considérable, nommée Vacca, il crut qu'en ne faisant aucune injustice aux habitants, en les traitant même avec beaucoup de douceur et d'humanité, il s'assurerait de leur fidélité[4]. »

Enfin, le vers 260 de Silius Italicus dans ses Punica indique aussi l'existence de cette ville :« Et ceux que la brûlante Barcé, au fond de ses déserts arides, envoyait aux combats, armés d'une pique au fer acéré. Cyrène elle-même, habitée par les descendants du chef péloponésien, engagea dans cette guerre les perfides Battiades, conduits par Llertès, ce chef prompt au conseil, lent à l'action, et qu'Amilcar estimait autrefois. Sabratha et Leptis fournirent leurs troupes tyriennes ; Œa, un mélange d'Africains et de colons de Trinacrie. Lixus envoya des bords du détroit rapide les peuples du Tanger. Après eux venaient les soldats de Vaga et d'Hippo, séjour des anciens rois[5]. »

Plus tard, le nom de Vaga subira plusieurs transformations et ce n'est qu'à partir du XIXe siècle que l'orthographe actuelle sera d'usage :

Léon l'Africain explique dans De l'Afrique l'origine du nom de la ville :« Beggie est une cité anciennement édifiée par les Romains sur la pente d'un côteau, distant de la mer environ vingt-cinq milles, et octante de Thunes, du côté de Ponant, sur le grand chemin qui va de Constantine à Thunes. Elle fut fabriquée par les Romains sur les fondements d'une autre qui y était auparavant, et pour cela s'appelait Vecchia qui signifie vieille ; et par la corruption du temps, le « v » fut transformé en « b », et les deux « cc » en deux « gg », tant que maintenant elle retient le nom de Beggia. Mais je crois qu'il a été corrompu par les grandes et fréquentes mutations des seigneuries et lois[6]. »

L'abbé Neu étudie aussi dans Notice historique sur la ville de Béja l'origine du nom Vaga :« Les Arabes l'appellent Badja, nom évidemment dérivé de la Vaga des Romains. Ce mot malgré sa signification de vagabond en latin, ou de vagues que produit le blé sous la brise, et qui rappellent les vagues de la mer, ne me paraît cependant être qu'une corruption du nom lybien ou phénicien que Béja portait dès son origine[7]. »

GEOGRAPHIE:

Au centre de l'une des régions les plus verdoyantes du pays, à la lisière des monts de Khroumirie et dans une trouée qui est une extension de la vallée de la Medjerda, la région de Béja présente des paysages variés : zones montagneuses densément recouvertes d'arbres, plaines agricoles et vallées fluviales.

GEOLOGIE:

Caractéristiques des sols de Béja, le vertisol, sol très fertile, est riche en argile contenant une couche d'oxyde d'aluminium enserrée par deux couches de tétraèdres de silice. Ces sols se forment dans les régions où les climats présentent de grandes différences saisonnières et sont alternativement saturés en eau en hiver puis desséchés en été. En gonflant et se rétractant en fonction de leur teneur en eau, les feuillets des argiles piègent un peu de matière organique si bien que ces sols argileux très caractéristiques sont noirs[8]. Hérodote attirait déjà l'attention sur ce type de sol :« Quant à la bonté du terroir, c'est « une terre noire », et arrosée de plusieurs sources : elle n'a rien à craindre de la sécheresse, et les pluies excessives ne faisant que l'abreuver, elle n'en souffre aucun dommage[9]

Cette fertilité du sol de Béja est légendaire, Léon l'Africain l'évoquant aussi dans son De l'Afrique :

« Si deux Beggies étaient
Assises en deux plaines,
Les grains surmonteraient
Le nombre des arènes. »

À Béja et tout autour de la ville se trouvent aussi de nombreux calcaires nummulitiques plus ou moins durs ou marneux datant de l'Éocène. Le calcaire à nummulites est une roche sédimentaire qui contient une grande quantité de nummulites ayant la forme d'une piécette et ayant vécu dans des mers chaudes peu profondes pendant l'Éocène, il y a environ 40 millions d'années. Sous la kasbah de Béja, on a découvert un banc d'ostrea multicostata. Dans la carrière de Béja, on peut récolter de nombreuses nummulites, des sections d'oursins, des brachiopodes et des ditrypa[10].

CLIMAT:

Relevés à Béja

Mois

Janv

Fév

Mars

Avr

Mai

Juin

Juil

Août

Sept

Oct

Nov

Déc

Année

Températures maximales moyennes (°C)

14

15

19

21

27

32

34

34

30

26

19

15

24

Températures minimales moyennes (°C)

5

5

6

8

12

16

29

20

18

14

10

6

12

HISTOIRE DE BEJA:

Préhistoire

La présence d'êtres humains dans la région de Béja est attestée depuis la préhistoire par les nombreuses pierres taillées et le type d'habitat spécifique de la région.

Origines berbères

Dans sa Notice historique sur la ville de Béja, l'abbé Neu retrace les grandes lignes de l'histoire de Béja depuis sa fondation par les Berbères jusqu'à la colonisation française en 1881. Évoquant la fondation de la cité, il écrit :« Il est permis de croire que la région de Béja, par la beauté de ses sites, la fertilité de son territoire, ses grandes forêts, avait dû attirer de bonne heure quelque tribu lybienne qui s'y est fixée et a prospéré [...] La tribu lybienne indigène qui s'est originairement établie sur l'emplacement de la ville de Béja, est celle des Ouarigha ou Avrigha, les Afarick des généalogistes arabes, qui peuplèrent une grande partie de la région qui devint dans la suite le territoire de Carthage[7]

C'est Hérodote, au Ve siècle av. J.-C., qui donne dans son Enquête une description du cadre de vie et des habitudes des habitants de cette région de la Tunisie s'adonnant essentiellement à l'agriculture :« Les Libyens laboureurs [...] ont des maisons. En allant vers le couchant, le pays occupé par les laboureurs est très montagneux, couvert de bois et plein de bêtes sauvages. C'est dans cette partie occidentale de la Libye que se trouvent les serpents d'une grandeur prodigieuse, les lions, les éléphants, les ours, les aspics, les ânes [...] On y voit aussi des oryx qui sont de la grandeur du bœuf : on se sert des cornes de cet animal pour faire les coudes des cithares. Il y a aussi des renards, des hyènes, des porcs-épics, des béliers sauvages, des dictyes, des thoès, des panthères, des boryes, des crocodiles terrestres qui ont environ trois coudées de long, et qui ressemblent aux lézards ; des autruches, et de petits serpents qui ont chacun une corne [...] Les abeilles font dans leur pays une prodigieuse quantité de miel [...] Quant à la bonté du terroir, c'est une terre noire, et arrosée de plusieurs sources: elle n'a rien à craindre de la sécheresse, et les pluies excessives ne faisant que l'abreuver, elle n'en souffre aucun dommage : il pleut en effet dans cette partie de la Libye. Ce pays rapporte autant de grains que la Babylonie[9]

Béja existait déjà avant l'arrivée en Tunisie des Carthaginois, et bien plus tard des Romains. Léon l'Africain dit:« Elle fut fabriquée par les Romains sur les fondements d'une autre qui y était auparavant, et pour cela s'appelait Vecchia qui signifie vieille[6]

Vaga, ville très riche à cette époque, est déjà, pour des raisons défensives,  une ville fortifiée, bâtie en terrasse, et possède une citadelle, des portes et des tours. C'est ainsi que Salluste décrit Vaga dans la Guerre de Jugurtha :« Non loin de la route que suivait Métellus, était une place forte numide appelée Vaga, le marché le plus fréquenté de tout le royaume [...] Les soldats romains, ne comprenant rien à ce coup imprévu et ne sachant que faire, s'élancent en désordre vers la citadelle, où étaient leurs enseignes et leurs boucliers ; ils y rencontrent une troupe ennemie ; les portes fermées les empêchent de fuir. Et puis, les femmes et les enfants, perchés sur le toit des maisons, leur jettent à qui mieux mieux des pierres et tout ce qui leur tombe sous la main[2]

Dans une autre passage, Salluste écrit :« Tout à coup, à un signal donné, cavaliers et fantassins massacrent la foule répandue au dehors, se précipitent aux portes, s'emparent des tours ; fureur, espérance du butin sont plus fortes que la lassitude[2]

Vu l'importance vitale de l'eau, la fondation de la ville de Béja sur les pentes d'une colline d'où jaillissent des dizaines de sources n'est sans doute pas dûe au hasard : l'eau servait à la purification du corps et des divinités y étaient rattachées en raison de sa nature thérapeutique du corps et de l'esprit. La source la plus importante est celle qui porte le nom de la ville : Aïn Béja. Le capitaine Vincent l'a décrit en ces termes :« Les ruines les plus remarquables sont celles que les indigènes désignent aujourd'hui sous le nom d'Aïn-Béja ; elles portaient, il y a peu de temps encore, l'appellation d'Aïn-Djehelia : « la fontaine des païens ». On y descend par vingt-sept marches en partie usées, conduisant à deux rangées d'arcades superposées, au fond desquelles sourd une eau limpide et fraîche[11]

Développement carthaginois

Avec l'arrivée des Phéniciens sur les côtes tunisiennes et la fondation de Carthage en 814 av. J.-C., une nouvelle ère s'ouvre : « Ce peuple [Les Phéniciens], essentiellement commerçant, devait nécessairement chercher dans son hinterland les vivres dont il avait besoin pour sa nombreuse population et son armée de mercenaires. Aussi le comptoir carthaginois de Béja devint-il bientôt florissant. Dans la suite, Carthage comprit la nécessité de maintenir la région sous autorité et, pour assurer son ravitaillement, elle mit une garnison à Béja et fortifia la ville[7]

L'existence de la cité phénicienne sur l'emplacement de Béja a été confirmée par la découverte d'une nécropole punique où ont été mises au jour quelques 150 tombes. René Cagnat décrit dans la Revue archéologique en 1887 les circonstances de cette découverte :« M. le capitaine Vincent, actuellement chef du bureau des renseignements à Aïn Draham, naguère chargé des mêmes fonctions à Béja, a eu la bonne fortune de rencontrer tout auprès de cette dernière ville une nécropole punique intacte [...] Quand nos troupes eurent occupé la ville, elles ne s'établirent pas à Béja même qui est aux trois quarts ruinée et n'est pas entourée, comme d'autres places tunisiennes, de grands jardins d'oliviers favorables au campement ; elles allèrent planter leurs tentes sur un mamelon situé à 1800 mètres au nord et appelé Bou-Hamba. Des travaux furent entrepris afin d'aménager les lieux aux différents besoins des soldats et, en traçant un canal pour l'écoulement des eaux, on découvrit un caveau où l'on recueillit des ossements humains. La curiosité des officiers fut éveillée et des fouilles régulières furent entreprises sous la direction du capitaine Vincent. On trouva en cet endroit plus de cent cinquante tombeaux semblables au premier que le hasard avait révélé[12]

Les Phéniciens apportent avec eux leurs divinités qui se mélangent harmonieusement aux divinités berbères pour former un seul panthéon. Parmi les vestiges de cette tradition figure d'une part un bas-relief des sept personnages de Béja, exposé au Musée national du Bardo à Tunis, montre Bonchor qui occupe la place d'honneur au centre, tenant à la main une sorte de sceptre. À sa droite se trouvent Vihianm, vêtue d'une longue cape et qui semble présider aux accouchements, Macurgum accoudé à un bâton autour duquel s'enroule un serpent évoquant Esculape et le cavalier Macurtam. À sa gauche figurent Varsissima vêtue d'une longue cape sans attribut, Matilam devant lequel gît un bélier sacrifié et le cavalier Iunam. L'une des portes antiques de Béja s'appelle d'ailleurs Bab Essabaa ou « Porte des Sept ». D'autre part, le musée de Leyde (Rijksmuseum van Oudheden) aux Pays-Bas conserve une stèle punique déterrée à Béja où les sept planètes sont représentées sous des figures humaines[13].

Intégrée à l'empire carthaginois, la cité est touchée par les guerres puniques successives :« Ces fortifications devaient être assez solidement établies car elles permirent à la ville d'arrêter Régulus qui s'était avancé victorieusement jusque sous ses murs, au commencement de la Première Guerre punique. Cet échec força Régulus à rétrograder et contribua sans doute à la défaite du général romain sur les bords de la Medjerda[7]

Durant la Deuxième Guerre punique, la cité s'illustre à nouveau en appuyant les efforts de guerre du général Hannibal Barca :« Carthage ne tira pas seulement de Béja et de ses environs les vivres nécessaires à la capitale qui se développait sans cesse mais elle y recruta aussi des soldats pour son armée ; car [en] l'an 218 av. J.-C., les habitants de Béja envoient un fort contingent de troupes au secours d'Annibal qui guerroyait alors en Espagne et se préparait à envahir l'Italie [...] Béja, fidèle à Carthage, repousse en 201 av. J.-C., une attaque de Massinissa qui s'avançait vers Carthage pour se joindre avec ses troupes à Scipion (Major ou l'Ancien). Ce dernier, pour récompenser son allié des services qu'il avait rendus à l'armée romaine, lui donna les États de Siphax, son rival. Massinissa réunit ainsi sous son autorité le territoire des Massiliens (ouest de Constantine) ainsi qu'une partie du territoire de Carthage. Béja est compris ainsi dans le royaume de Massinissa, mais resta aux mains des Carthaginois qui y entretenaient une forte garnison[7]

Dans Punica, Silius Italicus énumère de façon détaillée le nom des chefs et des villes, dont Vaga, qui ont envoyé des secours à Hannibal Barca dans la lutte qu'il soutient contre Rome :« On vit aussi apparaître les soldats qui habitaient l'aquatique Bérénice, et ceux que la brûlante Barcé, au fond de ses déserts arides, envoyait aux combats, armés d'une pique au fer acéré. Cyrène elle-même, habitée par les descendants du chef péloponésien, engagea dans cette guerre les perfides Battiades, conduits par Llertès, ce chef prompt au conseil, lent à l'action, et qu'Amilcar estimait autrefois. Sabratha et Leptis fournirent leurs troupes tyriennes ; Œa, un mélange d'Africains et de colons de Trinacrie. Lixus envoya des bords du détroit rapide les peuples du Tanger. Après eux venaient les soldats de Vaga et d'Hippo, séjour des anciens rois[5]. »

En 146 av. J.-C., au terme de la Troisième Guerre punique, Scipion Émilien s'empare de Carthage et la fait raser même si Massinissa conserve son royaume et parvient à l'agrandir. Immédiatement, le consul Scipion Emilien creuse un fossé, la Fossa regia qui isola les royaumes numides des territoires passés aux mains des Romains. Le territoire de Béja ne fut pas occupé car il fait partie des terres revendiquées puis récupérées par Massinissa.

Sous les règnes de Massinissa et de son successeur Micipsa, le royaume garde un semblant d'indépendance sous la surveillance des consuls romains basés à Carthage[7]. Rome lance alors le processus de romanisation du pays et envoie de nombreuses colonies qui implantent peu à peu l'usage de la langue latine et la civilisation romaine. De nombreux commerçants et colons en profitent pour s'installer à Béja et augmentent le nombre des Romains habitant cette ville[7]. Cette affluence d'étrangers déplaît toutefois aux populations indigènes qui sont encore loin d'être totalement soumises à cette époque[7].

Épopée de Jugurtha

En 118 av. J.-C., Micipsa désigne pour lui succéder ses deux fils Hiempsal et Adherbal devant régner conjointement avec leur cousin Jugurtha. Ce dernier, hostile à l'influence romaine, souhaite se défaire de ses cousins acquis à la politique romaine[7] : il fait assassiner Hiempsal mais Adherbal s'enfuit et demande la protection du Sénat romain qui lui accorde la partie occidentale du royaume alors que Jugurtha établit le siège de son gouvernement à Béja[7]. En 112 av. J.-C., ce dernier lève une armée et s'empare du territoire d'Adherbal qui est massacré avec ses principaux partisans. Rome prend ce prétexte pour déclarer la guerre à Jugurtha qui n'est pas en mesure de résister à l'armée romaine. Il corrompt alors le chef de celle-ci et obtient un traité de paix que le Sénat romain ne ratifie pas[7]. En 109 av. J.-C., Rome lui déclare donc à nouveau la guerre, poussant Jugurtha à abandonner Béja et à s'enfoncer dans la campagne pour y attirer l'armée romaine. Le consul Quintus Caecilius Metellus Numidicus, qui commande la colonne romaine, se contente toutefois de s'emparer de Béja, de la fortifier et d'y réunir des vivres pour permettre à la garnison qu'il y laisse de soutenir un long siège[7]. L'historien Salluste raconte en ces termes ce premier épisode de la guerre contre Jugurtha :« À peu de distance, dit-il, de la route que suivait Metellus se trouvait une ville de Numides nommée Vacca, l'entrepôt le plus considérable du royaume et l'antique résidence d'une foule d'Italiens qui s'adonnaient au commerce. Le consul dans le double espoir d'attirer Jugurtha et de profiter des avantages qu'offrait cette position, jeta une garnison dans Vacca. Il donna en même temps ordre d'y réunir des vivres, d'y établir des magasins, jugeant avec raison que l'affluence des commerçants en relations continuelles d'échanges procurerait de précieuses ressources et que, d'autre part, la possession de cette place, assurerait le maintien de ses premières conquêtes[7]

Les habitants de Béja acceptent assez facilement la garnison dont la présence contribue à la prospérité du commerce local. Néanmoins, Jugurtha parvient à convaincre les chefs numides de la cité de se retourner contre la garnison[7]. Salluste décrit ces événements du 13 décembre 109 av. J.-C.[14] en ces termes :« Après avoir concerté leur plan, les conjurés en fixèrent l'exécution à trois jours de là, époque à laquelle une fête solennelle célébrée dans toute la Numidie écartait toute idée de méfiance sous prétexte de divertissements et de jeux. Les centurions, les tribuns et le commandant de la place lui-même, L. Turpilius Silanus, sont invités à s'asseoir à la table de chacun des conjurés. Au milieu du festin, sur un signal donné, tous sont massacrés, excepté le commandant Turpilius [...] Dans cette alarme soudaine, les soldats romains déconcertés et ne sachant quel parti prendre, se précipitent vers la citadelle où étaient déposés leurs armes et leurs boucliers. Mais déjà un détachement numide s'était emparé des portes du fort, et le dernier espoir est ainsi enlevé à ces malheureux. Alors les femmes et les enfants se mettent de la partie, et du haut des terrasses font pleuvoir sur leurs têtes une grêle de pierres et de tous les objets à leur portée. Nul moyen de se soustraire à cette double surprise[2]

Dès que Metellus connut les événements de Béja, il s'enferma quelques instants chez lui pour donner un libre cours à ses larmes et pour méditer sa vengeance. A la tête d'une légion appuyée par des cavaliers numides, il parvient à reprendre Béja, la population croyant à un retour de Jugurtha lui ouvrit les portes de la cité. Après avoir rétabli l'ordre, Metellus y laisse une nouvelle garnison et attend Jugurtha qu'il met finalement en déroute[7]. En 107 av. J.-C., Marius, son lieutenant, est nommé consul et poursuit les hostilités durant trois ans. Trahi par Bocchus, son beau-père et allié, qui le livre enchaîné à un lieutenant de Marius, Jugurtha est envoyé quelques années plus tard à Rome et jeté en prison où il meurt de faim le 1er janvier 104 av. J.-C.

C'est Plutarque, dans : La vie de Marius qui nous a transmis un récit détaillé de l'exécution de Jugurtha qui eut lieu, le 1er janvier 104 av. J.-C., pendant le triomphe de Marius: Marius, ayant ramené son armée d'Afrique, prit possession du consulat le premier jour de janvier, jour où commence l'année romaine ; il entra dans Rome en triomphe, et fit voir aux Romains un spectacle qu'ils avaient peine à croire : c'était Jugurtha captif. Personne n'aurait osé se flatter de voir finir cette guerre du vivant de ce prince, tant il savait se plier avec souplesse à toutes les variations de la fortune ! tant son courage était secondé par sa finesse ! On dit que pendant la marche du triomphe il perdit le sens, et que, la pompe finie, il fut conduit dans une prison où les licteurs, pressés d'avoir sa dépouille, déchirèrent sa robe, et lui arrachèrent les deux bouts des oreilles pour avoir les anneaux d'or qu'il y portait. Jeté nu dans un cachot, ayant l'esprit aliéné, il dit en souriant : « par Hercule, que vos étuves sont froides ! » Après avoir lutté six jours entiers contre la faim, en conservant toujours le désir et l'espérance de vivre, il trouva enfin, dans une mort misérable, la juste punition de ses forfaits. On porta, dit-on, dans ce triomphe, trois mille sept livres pesant d'or, cinq mille sept cent soixante-quinze d'argent, et dix-sept mille vingt-huit drachmes d'espèces monnayées.

Domination romaine

En 46 av. J.-C., après la défaite de Jugurtha, Rome étend son territoire : Carthage et la plus grande partie des états de Jugurtha deviennent officiellement province romaine. Béja, en raison de sa position et de son importance stratégique, reçoit une garnison permanente et se voit intégrée à la province[7]. En 17 av. J.-C., l'actuelle Tunisie et la Tripolitaine sont réunies en une seule province qui prend le nom de province consulaire d'Afrique. À cette époque, les Romains démantèlent la vieille citadelle carthaginoise de Béja et construisent celle dont subsistent les restes imposants tout comme les fortifications[7]. Les Romains élèvent par ailleurs d'autres monuments et embellissent la ville qui redevient durant quatre siècles une cité florissante. Les Romains apportent leurs divinités gréco-romaines et l'on retrouve en grand nombre les noms de ces divinités sur les stèles commémoratives et les épitaphes funéraires : Saturne vient en tête suivi de Diane, Mercure ou Jupiter assimilé à Sabazios[15].

Vers 105, sous le règne de l'empereur Trajan, les Romains entament la construction d'un pont, au point où la Medjerda traverse la route reliant Tunis aux actuelles cités de Tabarka et du Kef, qui s'étend sur 25 ans et n'est terminée qu'en 129, sous le règne d'Hadrien.

En 193, Béja toujours prospère est élevée par l'empereur Septime Sévère au rang de colonie romaine et prend le nom de Colonia Septimia Vaga[7]. La dédicace[16] de l'arc de triomphe de Septime Sévère, érigé à Béja en 209, commémore d'ailleurs cet événement.

Déchéance et renaissance

En 429, les Vandales, sous la conduite de Genséric, débarquent en Afrique du Nord et parcourent sa côte septentrionale, prenant et saccageant toutes les villes se trouvant sur leur route dont Béja : la ville est abandonnée durant un siècle[7]. En 448, Genséric fait raser les fortifications et démanteler le fort.

Après la chute du royaume vandale en 533, sous les coups de l'armée byzantine menée par le général Bélisaire, l'empereur Justinien charge le comte Paulus de diriger les travaux de restauration de la ville et de ses fortifications[7] qui forment dès lors une double enceinte : la première comprenant la citadelle et la seconde, qui entoure une partie de la ville, ayant la forme d'un hexagone irrégulier flanqué de 22 tours massives. En effet, dominant le flanc d'une colline à l'extrémité d'une vaste plaine, la place forte doit protéger les terres fertiles qui l'environnent, surveiller les routes et tenir en respect les turbulentes tribus montagnardes. C'est pourquoi, Justinien fait élever quelques ouvrages avancés sur les routes menant à Mateur et Tabarka[7]. L'historien Procope de Césarée rapporte que les habitants donnèrent à leur cité le nom de Theodorida, en l'honneur de Théodora, épouse de l'empereur Justinien qui rebâtit la ville :« Bagam in Proconsulari urbem, vix antea notam, vere urbem fecit et quam ipsius cives, ne ingrati viderentur in honorem Theodoroe. Justiniani uxoris, Theodoridam appellarunt[7]

Une inscription[17] trouvée dans les remparts près du Contrôle civil de Béja rappelle ce fait :« Étranger réjouis-toi toujours, toi qui voit au loin une telle barrière de murs et loue le très glorieux empereur Justinien qui entoura la place forte de toute part de cet ouvrage et la rendit inviolable, il disposa de même un rempart qui domine un peu le comte Paulus fit avec sagesse demeure divine.»

Moyen Âge

VIIe siècle

Vers 620, il ne restait aux Byzantins que Carthage et quelques villes de la Zeugitane. Les Visigoths et les Berbères se disputaient le reste. Le territoire demeuré fidèle à l’empire s’étend un peu au-delà de Béja.[7]

En 670, Okba Ibn Nafaa fonde Kairouan. Les chrétiens d’origine grecque et latine remontèrent vers Carthage et le Nord. En 695, Hassan Ibn Nooman prit Carthage. Les débris des troupes grecques se concentrèrent au Nord et à l’ouest de Carthage, dans la régions de Bizerte et à l’abri des murailles de Béja. 697 : Hassan Ibn Nooman reconquit Carthage et toutes les places. Fin de l'exarchat byzantin. 696 : Mort à Béja du cousin du Prophète Mohammed avec un grand nombre de soldats.[7]

VIIIe siècle

En 702 se déroule à Tabarka, ville située au nord de Béja, la dernière bataille entre les Berbères dirigée par leur Reine Kahéna et les Arabes dirigés par Hassan ibn Noôman.[7]

IXe siècle

800-909 : Dynastie Aghlabide

Xe siècle

En 943, durant le règne de Al-Qâ'im bi-Amr Allah qui succède à son père comme imam ismaélien et calife fatimide, Abû Yazîd connu sous le sobriquet de l’homme à l’âne se mit en marche vers le nord en 943, se dirige alors vers Béja qu'il prend après une brève bataille contre les troupes fatimides. La ville est incendiée, les habitants hommes et enfants massacrés et les femmes réduites à l'esclavage.[7]

El Bekri évoque ces événements dans sa ‘’Description de l'Afrique septentrionale’’: « Pendant l'insurrection d'Abou Yezid, le massacre, l'esclavage et l'incendie vinrent accabler la population de Badja; le poète qui composa, en mètre redjez, la satire d'Abou Yezid, parle ainsi de cet événement: « Ensuite il ruina Badja; il en expulsa les habitants, il en détruisit les bazars et les palais, après avoir fouillé les maisons et les tombeaux. » Le gouvernement de Badja, charge très recherchée, était resté pendant un temps dans la famille des Beniali ibn Homeid el-Ouézir. Celui d'entre eux auquel on ôtait ce commandement ne cessait d'employer l'intrigue, la flatterie et les cadeaux afin de s'y faire rétablir. Un individu de cette famille, auquel on demanda pourquoi ses parents ambitionnaient tant le gouvernement de Badja, fit cette réponse: «Pour quatre raisons: on y trouve le froment d'Anda, les coings de Zana, les raisins de Beltha et le poisson de Derna.» On trouve à Badja des poissons de l'espèce nommée bouri «le mulet», auxquels rien de comparable n'existe en aucun autre pays: un seul individu de grosse taille peut fournir dix ratl «livres» de graisse. On avait l'habitude d'en envoyer à Obeid Allah le Fatimide, après les avoir enduits de miel pour les conserver frais. Derna est située entre Tabarca et Badja.[18]»

XIe siècle

En 1003, le prince Hamad se révolta contre son neveu Badis, gouverneur de Kairouan. Il s’avança jusque sous les murs de Béja. En 1050, pour venger la défection de son lieutenant, El Mostancer, sultan d’Egypte, lança les tribus de Hillal et Salim. El Mostancer investit leurs chefs des villes et forteresses à conquérir. C’est ainsi que Younes Ibn Yahia reçut le gouvernement de Béja et des Kairouan. Les Riahs s’étaient établis au nord de la Medjerda et une de leurs fractions, les Akhdar, s’emapara de Béja et s’y établit.[7]

El Bekri dans sa ‘’Description’’ montre combien cette région était riche et prospère: « A trois journées plus loin, on arrive à Badja après avoir traversé une suite non interrompue de villages. Badja, grande ville, entourée de plusieurs ruisseaux, est bâtie sur une haute colline qui porte le nom d'Aïn Es-Chems « la fontaine du soleil » et qui a la forme d'un capuchon. Parmi les sources d'eau douce qui arrosent cette place et les campagnes voisines, on distingue l' Aïn es-Chems située auprès de la porte du même nom et tout à fait au pied du rempart. La ville possède plusieurs autres portes. La citadelle, édifice antique construit de la manière la plus solide avec des pierres brutes, renferme dans son enceinte une source dont l'eau est pure et abondante. On dit que cette forteresse fut bâtie à l'époque où vivait Jésus sur qui soit le salut ! La ville possède un grand faubourg situé à l'orient de la citadelle dont le mur a été abattu de ce côté-là. Le djamé, édifice solidement bâti, a pour kibla le mur de la ville. Badja renferme cinq bains dont l'eau provient des sources dont nous avons parlé. Elle possède aussi un grand nombre de caravansérails et trois places ouvertes où se tient le marché des comestibles. A l'extérieur de la ville, on voit des sources en quantité innombrable. Badja est toujours couverte de nuages et de brouillards; les pluies et les rosées y sont très abondantes; rarement le ciel s'y montre pur et serein; aussi les pluies de Badja sont-elles passées en proverbe. A trois milles est de la ville se trouve une rivière qui coule du nord au sud. Les environs de Badja sont couverts de magnifiques jardins arrosés par des eaux courantes; le sol en est noir, friable et convient à toutes les espèces de grains. On voit rarement des pois chiches et des fèves qui soient comparables à ceux de Badja, ville qui du reste est surnommée: le grenier de l'Ifrikiya. En effet, le territoire est si fertile, les céréales sont si belles et les récoltes si grandes que toutes les denrées y sont à très bas prix, et cela lorsque les autres pays se trouvent soit dans la disette, soit dans l'abondance. Quand le prix des céréales baisse à Cairouan, le froment a si peu de valeur à Badja que l'on peut en acheter la charge d'un chameau pour deux dirhams (un franc). Tous les jours il arrive plus de mille chameaux et d'autres bêtes de somme destinés à transporter ailleurs des approvisionnements de grains; mais cela n'a aucune influence sur le prix des vivres tant ils sont abondants. [18] »

XIIe siècle

Abd el Moumen s’empara de Béja en 1159, se mit en route pour Tunis ; de là, il marcha sur Mahdia qu’il emporta d’assaut. En 1187, les Riahs de Béja, ayant soutenu l’aventurier Ali ben Rania , le sultan El Mansour les expulsa de la ville. En 1199, l’aventurier Yahya ben Rania vient assiéger Béja qu’il emporta d’assaut et livra au pillage.[7]

Un autre voyageur arabe Al Idrissi qui a dû faire son voyage vers l’an 1130 rend lui aussi hommage à la fertilité de Béja: « A peu de distance du chemin de Tabarca à Tunis, on trouve Badja, ville bâtie dans une plaine très fertile en blé et en orge, en sorte s'il n'est dans tout le Maghreb de ville de l'importance de Badja qui soit plus riche en céréales. Le climat y est si sain, les commodités de la vie abondantes. Les Arabes sont maîtres de la campagne. Au milieu de la ville est une fontaine dont les eaux descendent en cascade et servent aux besoins des habitants. Il n'existe pas de bois dans les environs, ce sont des plaines ensemencées.[20] »

XIIIe siècle

En 1202, Ennaceur de Tunis fit occuper Béja et aida ses habitants à réparer le désastre. En 1245, le Cheikh Sidi bou Saïd el Béji, marabout originaire de Béja, est mort à Tunis et a été enterré dans le cimetière près du phare du djebel Marsa.[7]

Béja a eu beaucoup à souffrir de sa position stratégique si l’on s’en rapporte au voyageur Mohamed El Abdery: « Nous nous arrêtons à Béja, ville que la fortune a abreuvée de l'amertume des conflits et dont le sein fut déchiré par la main des oppresseurs. Tant de désastres se sont succédés dans cette ville populeuse qu'elle ressemble aujourd'hui à un désert. Béja possédait à cette époque un seul savant digne de ce nom, c'était le Cheikh Ibn Mohamed Ettalibi. Sa pensée tout entière s'était appliquée à l'étude raisonnée de la langue arabe, étude si difficile; il s'était procuré la plupart des ouvrages de grammaire et avait rassemblé dans sa bibliothèque une foule de documents relatifs à la matière. J'ai vu chez lui une collection de livres dont le choix fait honneur à son goût[19]. »

XIVe siècle

Les Hafsides

XVe siècle

Les Hafsides

Époque moderne

XVIe siècle

Jean Léon l’Africain parcourut un peu avant 1516 le nord de l’Afrique. Dans la relation de son voyage se trouve la description de Béja comme suit: « Beggie est une cité anciennement édifiée par les Romains sur la pente d'un côteau, distant de la mer environ vingt-cind milles, et octante de Thunes, du côté de Ponant, sur le grand chemin qui va de Constantine à Thunes. Elle fut fabriquée par les Romains sur les fondements d'une autre qui y était auparavant, et pour cela s'appelait Vecchia qui signifie vieille; et par la corruption du temps, le v fut transformé en b, et les deux cc en deux gg, tant que maintenant elle retient le nom de Beggia. Mais je crois qu'il a été corrompu par les grandes et fréquentes mutations des seigneuries et lois, vu que cette diction n'est arabesque. Les murs de cette cité sont toujours demeurés en leur entier, et sont les habitants assez civils, maintenant bonne police, donnant ordre partout, et tenant garnie leur cité de toutes sortes d'artisans, même de tissiers et d'une infinité de gens s'adonnant à l'agriculture parce que la campagne est fort spacieuse et fertile, tant qu'ils ne sont en assez grand nombre pour cultiver si ample territoire, au moyen de quoi ils laissaient la plus grande partie aux Arabes pour labourer; et avec tout cela il en demeure encore en désert. Néanmoins ils ne laissent de vendre tous les ans plus de vingt mille setiers de grains, tellement qu'il est venu en commun de dire dedans Thunes: Si deux Beggies étaient Assises en deux plaines, Les grains surmonteraient Le nombre des arènes. Mais le roi de Thunes oppresse tant fort les habitants et leur impose si grands tributs que, peu à peu ils vont en décadence qui leur fait perdre une bonne partie de leur civilité accoutumée[6]. »

Luis del Marmol y Carvajal a visité aussi Béja: « C'est une ancienne ville, construite par les Romains sur la pente d'une montagne, au grand chemin de Constantine, à huit lieues de la côte, et à trente-quatre de Tunis, du côté du Couchant. L'Historien Arabe dit, que les Romains bâtirent cette ville en un lieu , où il y en avait une autre autrefois, et que pour cela on la nomma Vieille-ville, et le nom s'étant corrompu ensuite, on l'a appelée Beggie. Elle est fermée de murs élevés et fort anciens, et a sur le haut un vieux château qui la commande. Mais depuis peu le Roy de Tunis en a fait un autre vis-à-vis de celui-là, où il mettait quatorze canons de bronze, et un Gouverneur avec garnison, parce que les habitants sont orgueilleux et amoureux du changement, de sorte qu'ils se révoltent à la première occasion. Cette place est une des plus riches de l'Afrique en bleds, parce qu'elle a une grande contrée qui en foisonne et qui en pourvoit Tunis et tout le voisinage; ce qui fait dire ordinairement à ceux de Tunis que s'il y avait encore une ville comme celle-là le blé serait aussi commun que le sable. Les habitants néanmoins sont pauvres, à cause de cela le labourage diminue, outre qu'ils ont beaucoup à souffrir des courses de Arabes qui sont fort puissants en ces quartiers.[21] »

XVIIe siècle

En 1685, Mohammed Bey et son frère Ali Bey, qui se disputaient le pouvoir à Tunis, au détriment du Dey Chelebi, appellent les Algériens à leur secours. Ceux-ci, sous la conduite d’Ibrhim Kodja, entrent en Tunisie, marchent sur Béja qu’ils prirent et pillèrent. A Béja, ils proclament Mohammed Bactache Dey de Tunis et déclarèrent Chelebi déchu. Le nouveau Dey partage le Tunisie entre les deux frères. Mohammed Bey eut Béja, Kairouan et Monastir. Ali Bey eut le territoire des Ouechtatas au nord de Béja, le Kef, Sousse, le Sahel.[7]

Pierre d'Avity décrit dans sa Description générale de l'Afrique les mœurs et les richesses de Béja: « Quant à Beggie, les Romains l'ont aussi bâtie sur le pendant d'une colline éloignée de la Mer Méditerranée d'environ 25 mile et de Tunes d'environ 80 du côté ouest sur le grand chemin part lequel on va de Constantine à Tunes. Ses premières murailles sont encore entières. Beggie a de même sa campagne si fertile et si grande que les habitants ne sont pas en assez grand nombre pour la cultiver, si bien qu'ils en font labourer une bonne partie aux Arabes et toutefois il en reste encore beaucoup sans semence. Elle rend ce qu'on y met avec si grand intérêt qu'on dit communément à Tunes que s'il y avait deux Beggies le blé surpasserait le nombre des grains de sable. Quant à Beggie, ses habitants sont assez civils et leur ville est bien ordonnée et pourvu de toute sorte d'art et de métiers, mais surtout force tissiers et laboureurs. Quant à la province de Beggie, elle est riche principalement en grains dont elle rend 20 mille muids toutes les années.[22] »

Laurent d'Arvieux a aussi visité Béja à cette époque: « La ville de Bege ou Begie est à vingt lieues de Tunis vers le Sud. C'est une Colonie des Romains, qui lui avaient donné par distinction le nom d'Urbs. Elle est située dans une belle plaine. La Ville quoiqu'assez en désordre à présent est encore remplie d'anciens monuments et d'inscriptions Latines sur les portes. Il y en a encore quelques statues assez entières d'une grande beauté et beaucoup davantage, que la superstition des Turcs a mutilées. Il serait facile d'acheter ces statues et de les faire venir à Tunis. Il y a des pâturages excellents autour de cette Ville et des haras fameux par les Chevaux qu'on y élève. Nous fîmes embarquer quatre petits Chameaux blancs, que Murad Beig envoyait au Roi. Nous embarquâmes aussi quantité de Pigeons aux yeux rouges, des Perdrix, des Rats de Pharaon, des Poules d'une rare beauté, des Civettes et d'autres animaux pour la Ménagerie de Versailles. Enfin ayant achevé toutes nos affaires, et le temps étant propre pour partir, nous allâmes prendre congé du Day qui voulut nous régaler dans le Château. Le repas n'eut rien d'extraordinaire; on servit ce qui était préparé pour le Day, qui consistait en Mouton rôti et bouilli, Pigeons, et Poulets, râgouts de miel, des fruits en compotes et en infusion, des confitures sèches et des fruits crus, et des pastèques excellentes, mais on ne servit point de vin, il fallut se contenter de sorbet, ce qui abrégea beaucoup le repas. On servit ensuite le café, et on présenta à M. du Moulin et à moi des écharpes très belles, et après beaucoup de compliments et de marques d'une sincère amitié, nous prîmes congé du Day, qui nous fit conduire jusqu'à la dernière porte par son Kiahia et toute sa Maison.[23] »

XVIIIe siècle

Le 15 juillet 1705, Hussein Ben Ali, élu bey de Tunis, fonde alors la dynastie des Husseinites et instaure une monarchie placée sous la souveraineté des Ottomans. En 1728, Ali Pacha, neveu de Hussein Bey, se révolte et s’enfuit au djebel Ouesslat. Son oncle l’y poursuivit. Après un premier assaut, les Saphis presque tous de Béja, croyant l’ennemi en fuite, cessent la poursuite, mais Aliu Pacha, ayant rallié ses hommes, fendit sur les Spahis dont la plupart furent massacrés. Après cette victoire, Ali Pacha autorise les Ouled Ammar de razzier quelques tribus qui avaient combattu contre lui. Les Ouled Ammar razzient la tribu de Zouaghas qui habitait dans les environs de Béja et leur enlevèrent tout ce qu’ils possédaient.[7] En 1729, Mohammed, deuxième fils du Bey Hussein , commanda l’armée chargée de lever les impôts à Béja. Les Ouechtatas, tribus du nord de Béja, refusèrent de payer l’impôt. Miohammed les surpris à l’improviste, tua leur cheikh et enleva tous les troupeaux et se dirigea avec son butin à Béja.[7]

Le chroniqueur béjaois Mohammed Seghaier ben Youssef el Béji décrit comment les Turcs levaient l’impôt à l’aide de colonne expéditionnaires:  « La colonne expéditionnaire était composée de deux parties : infanterie et cavalerie. L’infanterie partait la première et faisait la route de Tunis à Béja en cinq étapes. Trois jours après, la cavalerie se mettait en route à son tour et arrivait à Béja en trois étapes. Le Bey, qui généralement commandait lui-même la petite armée, s’installait au Bardo de Béja et la troupe campait dans les environs. Le Bey restait trois jours au Bardo et y rendait la justice à tous ceux qui se présentaient. Puis les troupes se remettaient en marche pour la frontière et en revenaient en percevant partout les impôts. A la fin de cette collecte, le Bey donnait l’ordre de lever le camp et de rentrer à Tunis.[24] »

La même année, dans la campagne contre les Ouled Ammar, les Spahis de Béja se conduisirent avec plus de vaillance. [7]

En 1734, les Algériens, sous la conduite d’Ibrahim Kodja, envahissent de nouveau la Tunisie. Hussein Bey fait évacuer les villes que l’armée algérienne pouvait rencontrer dans sa marche sur Tunis. Il expédia des charrettes à Béja pour emporter les canons et tout ce qu’il possédait au Ksar Bardo de Béja. Les habitants qui avaient des biens se réfugièrent à Tunis sous la conduite de Messaoud, Kahia des Spahis de Béja. Mais, Bekgacem Smadhi refusa avec sa famille de quitter le mausolée Sidi Baba Ali Smadhi et bon nombre d’habitants retèrent comme lui à Béja.[7]

Le 7 septembre 1735, Ali I Bey, neveu de Hussein Ben Ali, lui succède sur le trône. En 1737, deux armées vinrent cette année percevoir les impôts à Béja. L’une, envoyée par Ali Bey qui avait fini par détrôner son oncle, était commandée par son fils Mohammed Bey. La seconde, envoyée par Hussein Bey réfugié à Kairouan, était commandée par Messaoud, chef des Spahis de Béja. Ce dernier échappa aux détachements que Mohammed avait envoyés pour le surprendre et se cacha chez le cheikh des Amdouns (à quelques kilomètres de Béja). Il dut se réfugier ensuite dans les montagnes de Nefza au nord de Béja poursuivit par Younes, deuxième fils de Ali Bey. Younes s’installa au Bardo de Béja. Après avoir fait réparer et renforcer les défenses de la citadelle, il retourna à Tunis.[7] En 1740, Younes revint à Béja. Il fit examiner par le commandant de la garnison turque, le caïd et l’amine des maçons la possibilité d’agrandir la citadelle.[7]

En 1742, Ali Bey, ayant consolidé son trône par la prise de Kairouan et la mort de Hussein Bey, envoya son fils Younes pour s’attaquer aux Génois qui occupaient l’île de Tabarka et s’en emparer. Younes entra par surprise dans le fort. Tous les Génois furent envoyés à Tunis, mais beaucoup moururent en arrivant à Béja. De Tabarka, Younes se dirigea sur le Cap Nègre, s’empara de l’établissement français, le démolit complètement. Pour venger cet affront, le roi de France envoya une flottille de six vaisseaux. Un des vaisseaux commandés par le lieutenant Saurin-Murat, tenta de reprendre Tabarka, mais tous les marins descendus à terre furent fait prisonniers et envoyés à la Kasbah de Béja. Vers ce temps, Ali Bey fit agrandir la Kasbah, restaurer les remparts et le palais de Bardo de Béja.[7]

En 1746, apprenant que le Bey de Constantine se prépare à envahir la Tunisie pour replacer sur le trône les deux fils de Hussein Bey, Ali Bey donna l’ordre de faire transporter à Tunis tout le blé de Béja et d’évacuer la ville. Quelques notables, sous la conduite du Caïd Sassi, quittèrent la ville, mais le reste des habitants à l’instigation du Cheikh Mohammed Samdhi ne quittèrent pas la cité. Béja fit même acte de soumission aux fils du Bey Hassine. Younes envoya Othmane Agha à Béja pour arrêter Mohammed Smadhi qui se refugia chez les Amdouns. Othmane Agha s’installa à Béja. Pour le faire partir, Ali ben Hamouda Smadhi, parent de Mohammed, lui offrit 300 piastres. La gorge pleine et les yeux aveugles, celui-ci s’en revint à Tunis. Il raconta à Younes que Mohammed, averti de son arrivée, s’est sauvé dans les montagnes.[7]

En 1747, Younes, qui avait caché à son père la défection des habitants de Béja, se rendit à Béja, l’été revenu, à la tête d’une colonne pour lever les impôts. Pour punir les habitants de Béja, il permit à ses soldats de tuer le lendemain autant de personnes qu’ils voudraient. Mais pendant la nuit, le marabout Sidi Bouteffaha lui apparut et le menaça des châtiments divins s’il faisait mourir un seul habitant de Béja. Younes, terrifié par ce rêve, s’enferma dans le Bardo de Béja, sous prétexte de pleurer sa mère décédée. Il resta ainsi jusqu’assez avant dans l’hiver. Enfin, Younes, réveillé de sa torpeur, se décida à partir pour Tunis.[7]

En 1748, Younes revint à Béja, l’été suivant, et leva les impôts avec la plus extrême rigueur. Younes ayant appris que Mohammes Smadhi était réfigié chez les Ouechatatas, essaya encore une fois de le faire prisonnier. La colonne qui le poursuivait rencontra tant de difficultés dans les parties les plus inaccessibles des montagnes qu’après avoir perdu beaucoup d’hommes, elle dut rentrer à Béja. En 1749, Ali Bey lui-même se met à la tête de la colonne qui devait percevoir les impôts. Il signala sa présence à Béja par plusieurs actes de cruauté.[7]

En 1755, ce fut Mohammed, fils d’Ali Bey, qui vint cette année lever les impôts à Béja. Il rendit la justice avec une incohérence si grande que les habitants de Béja firent des prières pour qu’il ne revint plus chez eux, et leurs prières furent exaucées car Mohammed sera tué l’année suivante.

1756 : Les Algériens envahissent de nouveau la Tunisie pour replacer sur le trône les deux fils de Hassine Bey. Ali Bay fit de nouveau évacuer Béja avec obligation de se rendre à Tunis. Il envoya à Béja la Kahia des Spahis avec ordre d’expulser les récalcitrants. Les Spahis entraient dans les maisons, jetaient tout le monde dehors et pour empêcher ces malheureux de rentrer chez eux, la Kahia fit brûler portes et fenêtres sur la place publique et brisa les meules des moulins. Quelques habitants de Béja, après avoir erré dans la campagne, rentrèrent dans la ville. Ali Bey ordonna de tuer tous ces rebelles ou de les ramener prisonniers à Tunis. Mais les malheureux habitants de Béja se défendirent avec le courage du désespoir et forcèrent leurs tortionnaires à fuir.[7] Le 2 septembre 1756, les Algériens entrent dans Tunis, mettent la ville à sac, pillent le consulat de France, font étrangler Ali I Bey et tuent Mohammed Bey. Ils quittent la ville dès le 2 octobre. Le 22 septembre 1756, Rachid Bey monte sur le trône en remplacement d'Ali I Bey.

En 1957, les Nefzas au nord de Béja refusent de payer les impôts. Ali Bey, avec une colonne, s’établit au milieu de leurs montagnes et envoya le Caïd des Ouleds ben Sassi qui parvint à les soumettre.[7] En 1761, au lieu d’envoyer une colonne à Béja, le Bey chargea le Caïd de la ville de percevoire les impôts. Avec 400 hommes de troupes, le Caïd se rendit chez les Amdouns aux environs de Béja. Le Caïd ayant insulté les cheikhs, la poudre parla et les balles sifflèrent. Complètement battus, le Caïd et ceux qui échappèrent au massacre rentrèrent à Béja sans armes et presque nus.[7]

Thomas Shaw décrit le Béja de cette époque: « A dix lieues au sud-ouest de Matter est la ville Beja ou Bay-jah qui, par son nom et par sa situation, doit être la Vacca de Salluste, l'Oppidium Vegense de Pline, la BAJA de Plutarque et le Vaccensium Ordo Splendidissimus de la première des inscriptions que nous donnerons tout à l'heure. Cellarius la place fort bien au nord-est de Cirta, ou Constantine, mais il ne cite point ses Auteurs. Cependant, cette situation semble être indiquée dans les descriptions que nous en avons, qu'elle est à la droite du chemin que les Romains passaient ordinairement pour aller en Numidie. Nous lisons qu'après qu'elle se fut révoltée, Metellus partit de son quartier d'hiver sur le soir et arriva devant cette ville la troisième heure du jour suivant: le temps de cette marche, vu la diligence qu'on y fit, convient parfaitement avec la distance de cinquante milles qu'il y a de Bay-jah à Utique où Metellus était alors en quartier. Je ne me souviens pas d'avoir trouvé autre chose dans l'Histoire ancienne qui puisse servir à faire faire connaître plus précisément cette ville. Quoi qu'il en soit, ce ne saurait être la Vaga de Ptolémée parce que celle-ci était située chez les Cirtesiens, et peut-être que la raison pourquoi l'Itinéraire et les Tables de Peutinger n'en parlent point, est qu'elle était éloignée du grand chemin qui menait de Carthage en Numidie. Bay-jah est encore aujourd'hui, comme elle l'était du temps de Salluste, une ville où se fait un grand commerce, particulièrement en blé, étant comme l'étape de celui de tout le Royaume. Il se tient aussi tous les étés, dans les plaines de Bus-dera, qui sont le long de la Me-jerdah, au dessous de la ville de Bay-jah, une grande foire que les Arabes les plus reculés fréquentent, s'en approchant avec leurs familles et leurs troupeaux. La ville de Bay-jah est bâtie sur le penchant d'une colline et a l'avantage d'être très bien pourvue d'eau. Il y a une citadelle au haut de la colline, mais qui n'est pas de grande défense.»

Jean-André Peysonnel visita aussi Béja: « Nous arrivâmes le soir à Bège, après avoir traversé une petite rivière qui va se décharger dans le Bagradas. Bège est une petite ville des plus considérables de ce royaume, située à 9 lieues S.S.E. du cap Nègre, à 16 lieues à l'Ouest de Tunis. Elle est triangulaire, bâtie sur un coteau en amphithéâtre. Une des pointes du triangle se trouve au haut du coteau, où il y a une espèce de château de peu de défense. La ville vient en s'élargissant vers une petite plaine. Elle est bâtie sur les débris de quelque ancienne ville. On trouve encore des lambeaux de vieilles murailles et, dans toute la ville, on voit des pierres écrites en caractères romains, mais la chaux qu'on passe dessus pour blanchir les maisons est cause qu'on ne peut lire les caractères. Cette ville est très considérable par son commerce, principalement en blé, et par le séjour que le bey y fait pendant la campagne d'été. Il y a construit un bardou à quelque distance de la ville, accompagné d'un jardin assez joli et considérable pour le pays. Le camp des Turcs avance davantage du côté de l'ouest et va se placer dans la plaine de Bouzodière, le long de la rivière de Bagradas. De là, le bey envoie des détachements de ses troupes dans toutes les nations de son royaume pour retirer les tributs qui lui sont dus et qui sont répartis sur toutes les terres labourées qu'il fait enregistrer toutes les années. Quoique ce pays ne soit pas un pays de plaines, il ne laisse pas de fournir une grande quantité de grains. Les côteaux sont très fertiles en blé et en orge; mais on ne trouve ici non plus que dans presque tout le royaume aucun arbre, excepté aux endroits où les Andalous sont établis.[25] »

Époque contemporaine

XIXe siècle

En 1850, Ahmed Sellami, Caïd sous les deux Beys Ahmed et Sadok, pacifie la région de Béja dont la population s’était révoltée à l’instigation de Sid el Adel, prince de sang qui habitait le Bardo de Béja. [7]

En 1864, les Kroumirs lassés par les exactions ministre Kaznadar se révoltent et marchent sur Tunis. Les Drids de Béja leur font défection. Les Kroumirs, affaiblis, indignés de la trahison des Drids, descendent de leurs montagnes en janvier 1865, se ruent sur la fertile plaine de Béja, pillent les propriétés et enlevèrent les troupeaux.[7]

Henri Dunant évoque Béja dans sa ‘’Notice’’ : « Béja, fondée par les Romains, se trouve sur la route de Constantine. Flanquée d'un château fort, elle est agréablement située sur le penchant d'un coteau; son sol est fertile et très riche en céréales. Les Maures qui l'habitent sont industrieux, et font un grand commerce avec l'intérieur. Il existe à quelques lieues de Béja un vaste et long souterrain peu connu, et qui a, dit-on, quatre ou cinq heures de longueur. On y trouve des trottoirs à droite et à gauche, et des salles qui pouvaient servir de magasins; des colonnes et des fragments de sculptures y gisent épars, et entravent la circulation dans cette ténébreuse et singulière route.[26] »

Victor Guérin décrit aussi Béja lors d’un voyage en Tunisie en 1860: « Béja est située sur le penchant d'une haute colline. Une muraille d'enceinte l'environne de toutes parts; celle-ci est flanquée de distance en distance de tours carrées. Une kasbah occupe le point culminant du pentagone irrégulier qu'elle forme. Toute cette enceinte, sauf quelques parties, date évidemment d'une époque antérieure à l'invasion arabe. Sans être antique à proprement parler, elle est bâtie avec des matériaux qui le sont, et offre tous les caractères d'une reconstruction byzantine accomplie à la hâte avec des éléments divers et des blocs de toutes sortes enlevés à des monuments plus anciens. La kasbah, actuellement en fort mauvais état, a l'avantage de renfermer une fontaine appelée Ain Boutaha dont l'eau est bien meilleure que celle de la fontaine qui est dans la ville et que les habitants désignent sous le nom d'Ain Béja. On descend à celle-ci par un escalier de plusieurs marches qui conduit à une grande cour dont les murs latéraux sont construits en pierre de taille. A l'extrémité de cette cour, l'eau sort d'un canal antique aujourd'hui très mal entretenu. La mosquée principale, consacrée à Sidi-Aissa, passe pour la plus ancienne de la Tunisie. Au dire du kadi, du mufti et du khalife, que je questionnai à ce sujet, elle aurait été primitivement une église chrétienne. Suivant eux, ce sanctuaire aurait même été honoré de la présence de Sidna-Aissa (Notre Seigneur Jésus), que les musulmans vénèrent, sinon comme le Fils de Dieu, du moins comme le plus saint et le plus auguste de ses envoyés. Mon titre de chrétien m'interdisait absolument toute entrée dans cette mosquée; mais je me convainquis bientôt que la tradition singulière des habitants par rapport à ce monument renfermait quelque vérité, et que c'était bien effectivement une ancienne basilique chrétienne, qui plus tard avait été remaniée pour devenir un sanctuaire musulman. Car, ayant remarqué sur l'un des murs extérieurs de cette mosquée une grande pierre revêtue de caractères dont plusieurs perçaient à travers l'épaisse couche de chaux qui les recouvrait, j'obtins des autorités de la ville la permission de la gratter. Le khalife poussa même l'obligeance jusqu'à rester près de moi pendant cette opération, afin de me protéger par sa présence contre les fanatiques qui pourraient m'insulter. Ce fragment épigraphique, bien que mutilé et incomplet, est cependant précieux, car il nous apprend par qui et sous quel règne cette basilique fut construite ou seulement réparée et embellie. Sur un au autre point des murs extérieurs de cette même mosquée, je découvris un second bloc, revêtu également d'une inscription que dérobait en grande partie aux regards la chaux dont on avait recouvert ce piédestal; c'en était un, en effet, encastré dans la maçonnerie. Aussitôt que cette couche de chaux eut été enlevée, je lus ce qui suit: COL . SEP . VAG . A la cinquième ligne, comme on le voit, le nom antique de la ville de Béja se trouve marqué; ce nom, à l'époque où fut gravée cette inscription, était colonia Septimia Vaga. Aujourd'hui Béja est bien déchue d'une pareille richesse. Sa population dépasse à peine quatre mille habitants. Néanmoins, ses environs sont si fertiles, principalement en céréales, qu'elle est toujours demeurée l'un des plus importants marchés, pour le commerce des grains, de touts la contrée que les Arabes désignent par l'expression générique de Frikia ou Ifrikia, c'est-à-dire d'Afrique proprement dite, expression dans laquelle ils comprennent la plus grande partie du nord de la Tunisie, et notamment tout le bassin de la Medjerdah. Remarquons, en passant, que cette dénomination est un souvenir de la provincia Africa des Romains.[27] »

Albert de La Berge décrit aussi Béja: « La ville de Béja (en arabe Badja) a une importance stratégique par sa position aux confins sud-est du pays des Kroumirs et par le peu de distance qui la sépare de la vallée et du chemin de fer de la Medjerdah, 11 kilomètres. Elle est la base d'opérations naturelle d'un corps qui veut observer la vallée, pouvoir pénétrer rapidement au coeur des montagnes du nord-ouest et donner la main soit à des troupes qui opèrent dans la haute Medjerdah, soit à des troupes venant de Mater et de Bizerte. Béja est une vieille ville romaine, carthaginoise ou numide peut-être; c'est la Vacca des anciens. Aujourd'hui elle a le caractère de la vile arabe pure. De loin, avec ses murs blancs et ses minarets élevés, penchée sur sa colline, elle a un aspect assez pittoresque. Sa forme est celle d'un pentagone irrégulier dont la casbah serait le sommet. L'intérieur de Béja présente malheureusement, au dire des voyageurs, un aspect hideux de malpropreté et de tristesse. Au milieu de la ville est une fontaine abondante, située au fond d'une tranchée où l'on descend par un escalier. Les murs de soutènement de cette tranchée sont bâtis avec d'anciennes pierres romaines où l'on voit encore quelques fragments de sculpture. On voit dans l'oued-Béja des restes d'un ancien pont romain. Quelques piles sont assez bien conservées. Au sud de la ville sont quelques ruines éparses près d'une ferme nommée Henchir-es-Seman; on en trouve également à l'ouest du côté du territoire des Bou-Salem, vers une localité appelée Grisia. Shaw, un voyageur anglais du XVIII siècle, a rapporté une inscription latine qu'il a trouvée à Béja, qui a l'apparence d'une inscription tumulaire et dont le savant M. Hase a restitué le texte. La population de Béja est évaluée à 4 ou 5000 habitants, parmi lesquels on compte 300 Israélites, 25 Italiens, 30 Maltais et 2 Français, dont l'un, M. Radenac, un Breton, est agent consulaire et agent du télégraphe. L'intérieur de la ville est encore aujourd'hui ce qu'il était y a trente ans. Les rues étroites et tortueuses, traversées par des rigoles où coule une eau infecte, sont des fondrières, des ravins avec des blocs de pierre jetés au travers en guise de trottoirs. La mosquée de Sidi-Aissa est assez belle comme proportions architecturales, mais elle est dans un état d'entretien déplorable. La ville, qui regarde à l'est, est entourée de vieilles murailles grises, crevassées, sans bastions ni canons, percées de portes étroites. La casbah, qui domine la ville, paraît être de construction byzantine. Nos troupes y ont trouvé sept canons en fonte sur des affûts pourris, une centaine de boulets de cent livres rouillées, dans les magasins d'armes quelques fusils à pierre et quelques sacs du temps de Louis-Philippe, achetés à Paris sans doute par les officiers français qui organisèrent, alors l'armée tunisienne. Au centre de la ville est un bazar peu intéressant, où l'on remarque une belle colonnade de marbre rouge. Autrefois, cette même ville de Béja, aujourd'hui sale et presque en ruines,était une des cités les plus florissantes de la Tunisie. Elle avait des bains, des caravansérails, des marchés, des jardins superbes. Ses environs étaient couverts d'oliviers, et les historiens célébraient la fertilité de son sol. A l'heure présente elle est encore un marché agricole important, mais elle a perdu son ancienne splendeur et elle ne tente le voyageur que par sa position gracieuse et la vue magnifique dont on jouit du haut de sa casbah. L'oeil parcourt plus de dix lieues à l'est, sur toute la plaine de la Medjerdah et sur toutes les collines qui s'étendent du côté de Mater, du pays de Mogod ou des Kroumirs. Les environs de Béja sont généralement bien cultivés, surtout au sud et à l'est, mais les arbres manquent. Pas même d'arbustes ni de broussailles. L'oeil n'aperçoit que vastes champs d'orge et de blé ou des landes émaillées de liserons, de coquelicots ou d'asphodèles. Il faut être au pied des murailles pour trouver des arbousiers, quelques figuiers de Barbarie et quelques maigres arbres fruitiers de nos jardins d'Europe. Malgré le coup d'oeil pittoresque que présente Béja avec ses murs blancs et jaunes, dans sa ceinture verdoyante et avec son panorama de plaines fertiles, le séjour de cette ville est peu goûté, le pays étant un des plus insalubres de la Tunisie.[28] »

Le 1er septembre 1879, la ligne de chemin de fer Tunis-Béja-Jendouba a été ouverte au trafic pour la desserte des mines de plomb. Cette ligne sera prolongée en 1884 jusqu'à Ghardimaou pour la raccorder au réseau ferroviaire algérien.[29]

Le traité du Bardo du 12 mai 1881 place la Tunisie sous le protectorat français. Dans En Tunisie. Récit de l'expédition française, Albert de La Berge décrit l'arrivée des soldats français à Béja le 20 mai 1881 : « Deux jours après l'occupation de Mateur, la brigade Logerot entrait à Béja, occupait la Casbah et démolissait une partie des remparts de la ville[30]. »

Le général Bréart établit un camp à Bou-Hamba, près de Béja, et y installe deux régiments d'infanterie comme garnison : le 57e et le 142e de ligne ainsi que la 10e batterie du 13e régiment d'artillerie. En 1886, Béja devient chef-lieu d'un contrôle civil alors que les troupes de pacification quittent la ville. Le 21 septembre 1888, la gendarmerie est installée à la kasbah.

En 1884, Béja compte 3 606 habitants et près de 700 maisons[34]. La population se répartit comme suit : 3 071 Tunisiens, 377 Hébraïques, 73 Marocains, 36 Maltais, 29 Italiens, 13 Français, 2 Libyens, 2 Grecs, 1 Égyptien, 1 Allemand et 1 Anglais.

XXe siècle

Jusqu'en 1905, en dehors de l'enceinte de la médina et uniquement sur la rive gauche de l'oued Bouzegdem qui traverse la ville, les Français bâtissent en 1895 un hôtel des Postes et Télégraphes et l'Hôtel municipal. En 1898 sont inaugurés le Contrôle civil et la première église. On construit le bâtiment qui abritant la justice de paix. En 1899, l'ancien cimetière chrétien étant devenu trop petit, la municipalité le fait agrandir et entourer d'un mur[33]. L'abbé Bonjean, curé de Béja en 1938, décrit la création du quartier européen sur la rive droite de l'oued Bouzegdem : « Au commencement du XXe siècle, lorsque la colonisation fut suffisamment développée, on a fait de gros travaux d'assainissement dont le plus important fut de recouvrir l'oued Bouzegdem qui traversait toute la ville. On amena l'eau potable d'une distance de 32 kilomètres, on installa une centrale électrique pour l'éclairage de la ville, on établit un système complet d'égoûts, on traça de belles et larges rues toutes bitumées, on aménagea un jardin public, on construit en ce moment un immense stade de jeux[31]. »

On construit alors un pont de bois pour relier les deux rives. En 1908, l'internat primaire des garçons ouvre alors qu'en 1912, l'internat des filles ouvre à son tour. En 1910 a lieu l'inauguration d'un hôpital-infirmerie puis en 1933 celle du Palais municipal actuel. C'est aussi sur cette même rive que se localisent les cinémas (Le Rex et L'Idéal), les cafés-bars (De Paris, Des Colons, Phénix, Costanzo, Lombardo, Marie ou Borghese), les hôtels (De France et De Tunis), les boulangeries et pâtisseries (Durany), les restaurants, les banques (De l'Algérie et De Tunisie), les garages (Chollet et Pontillo), la minoterie, les silos à blé, les magasins, la salle des fêtes, les librairies (Kores), le stade, la prison, les ponts et chaussées.

Le 25 avril 1934, Habib Bourguiba et Mongi Slim arrivent à Béja pour créer la première cellule du Néo-Destour de la ville à l'occasion d'un meeting qui a eu lieu au mausolée Sidi Baba Ali Smadhi. Une manifestation se dirige au cimetière Sidi Salah Zlaoui pour protester contre la mairie française qui utilise le cimetière musulman comme dépotoir et permet aux colons d'y agrandir leurs maisons. En réalité, il s'agit surtout d'empêcher les naturalisés d'y être enterrés. Le 3 septembre, la cellule du Néo-Destour est fermée par les autorités françaises et ses membres arrêtés le 7 septembre. Le 9 avril 1938, les membres de cette cellule sont à nouveau arrêtés après les événements de Tunis.

Avec la Seconde Guerre mondiale, la cité est à nouveau touchée par un conflit international. Le 8 novembre 1942, les forces américaines et du Commonwealth débarquent en Algérie et au Maroc. Les Allemands répondent immédiatement par l'envoi d'une force en Sicile, au nord-est de la Tunisie. Le 16 novembre, une délégation de militaires allemands arrive à Béja, rencontre le maire Jean Hugon et lui fixe un ultimatum de 24 heures pour que la ville capitule. Le lendemain, la première division de parachutistes anglais occupe les collines au nord de Béja. Le 19 novembre, en représailles, les Messerschmitt Bf 110 et les Junkers Ju 87 allemands bombardent la cité, le Palais municipal gardant encore les impacts des balles allemandes sur sa façade. Deux mois plus tard, le 26 février 1943, les Allemands encerclent Béja, centre vital des alliés, dans l'intention de défoncer les lignes de la première armée britannique dans le cadre de l'Opération Ochsenkopf. Les Allemands attaquent aux mortiers et par les multiples attaques de leurs Messerschmitt. Le mois de mai 1943 voit finalement la défaite des Allemands par les forces alliées.

Le cimetière militaire de Béja abrite aujourd'hui 396 tombes où reposent les soldats du Commonwealth tués au combat dont 87 soldats non identifiés[32].

Le 13 janvier 1952, Bourguiba, président du Néo-Destour, lance lors d'un meeting à Bizerte un appel à la lutte totale jusqu'à l'indépendance de la Tunisie. Le 15 janvier, un meeting féminin organisé par les militantes destouriennes au mausolée Sidi Baba Ali Smadhi a lieu. Wassila Ben Ammar, originaire de Béja et future épouse de Bourguiba, préside le meeting et expose la situation politique. Un second meeting, auquel participent femmes et hommes a lieu dans l'après-midi au siège de la fédération du Néo-Destour. De là part une manifestation composée d'environ 800 personnes. La police procède alors à l'arrestation d'une vingtaine d'entre elles et les transfère à Bizerte[33].

Architecture et urbanisme

Non loin de Béja existent des vestiges archéologiques datant de l'Antiquité dont ceux de Dougga qui est alors l'une des résidences des princes numides avant d'être un établissement prospère dans la province romaine d'Afrique.

Charles Diehl constate l'originalité de l'architecture de la ville de Béja: « Béja est l'une des plus étendues et des plus curieuses des cités fortifiées. D'ordinaire, on a des citadelles chargées de défendre la frontière ou des forteresses assez restreintes formant le centre d'une cité antique. Ici, c'est une ville toute entière avec remparts, tours, donjon avec sa salle de garde[34]. »

En ville, la kasbah a été construite à l'emplacement d'un fortin carthaginois. En 17 av. J.-C., les Romains démantèlent la vieille citadelle carthaginoise et construisent celle dont subsistent les restes imposants tout comme les fortifications. En 448, Genséric le Vandale fait raser les fortifications et démantèle le fort. En 533, l'empereur byzantin Justinien restaure la citadelle et les fortifications auquel les Husseinites ajoutent une tour en 1738. En mai 1881, les forces miltaires françaises démolissent une partie des remparts de la ville. En 2005, la citadelle est à nouveau restaurée.

La cité abrite divers édifices religieux dont la Grande mosquée construite en 944 par les Fatimides et restaurée en 1922. La mosquée du Bey (de rite hanéfite) a été édifiée par Mourad II Bey en 1675 et a abrité la médersa de Mohamed Bey construite en 1685. Plusieurs grands mausolées y sont dispersés dont celui de Sidi Bouteffaha, Sidi Baba Ali Smadhi, Sidi Hadj Miled, Sidi Salah Zlaoui, Sidi Taïeb et Sidi Bouarba. Béja abrite également une église construite en 1937.

Divers monuments existent également comme la fontaine Bab El Aïn, bâtie par le ministre des finances Youssef Saheb Ettabaâ, le palais du Bardo, une résidence beylicale construite par les Turcs en 1615 et le Palais municipal, monument classé construit en 1933 et qui fait office d'hôtel de ville. À l'entrée de la ville, quatre cigognes, oiseaux associés par les Béjaois à la prospérité, acueillent les visiteurs.

Le pont de Trajan, qui mesure 70 mètres sur 7,30 mètres et possède trois arches, a été inauguré en 129 sous le règne d'Hadrien mais sa construction avait été lancée par Trajan qui lui a laissé son nom. Le pont Cinquième, construit entre 1912 et 1915, permet quant à lui le passage de la voie ferroviaire reliant Tunis à l'Algérie.


REFERENCES:

  1. Recensement de 2004 (Institut national de la statistique)
  2. Salluste, La guerre de Jugurtha, éd. Les Belles Lettres, Paris, 2002 (ISBN 2251799540)
  3. Pline l'Ancien , Histoire naturelle, Livre V
  4. Plutarque, Les vies des hommes illustres, trad. de Ricard, éd. Furne et Cie, Paris, 1840
  5. Silius Italicus, Punica, Livre III
  6. Léon l'Africain, De l'Afrique, contenant la description de ce pays, la navigation des anciens capitaines portugais aux Indes orientales et occidentales, tome II, trad. de Jean Temporal, éd. Imprimeie de L. Cordier et Impr. de Ducessois, Paris, 1830
  7.  Abbé Neu, Notice historique sur la ville de Béja, « La Nouvelle église de Béja », éd. Jacques Godenne, Namur, 1938
  8. Jean-Paul Legros, «  Les grands sols du monde », éd. Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 2007
  9. Hérodote, L'Enquête, Livre IV (Melpomène)
  10. Georges Le Mesle, Mission géologique : exploration scientifique de la Tunisie. Avril-mai-juin 1887, tome I, éd. Imprimerie nationale, Paris, 1888
  11. Capitaine Vincent cité par Émile Violard, La Tunisie du Nord. Le contrôle civil de Béja, éd. Société anonyme de l'imprimerie rapide, Tunis, 1905
  12. (fr) René Cagnat, « La nécropole phénicienne de Vaga », La Revue Archéologique, janvier-juin 1887
  13. Recueil de la société archéologique du département de Constantine, éd. Société archéologique du département de Constantine, Constantine, vol. 5, 1860-1861
  14. (fr) Chronologie de la Rome antique (e-chronologie)
  15. (fr) Inscriptions latines de Béja
  16. Corpus inscriptionum latinarum : CIL08, 01217 (p 932) = CIL 08, 14395
  17. Corpus inscriptionum latinarum : CIL 08, 14399
  18. Al Bakri, Description de l'Afrique septentrionale, traduction de William McGuckin de Slane, éd. Adolphe Jourdan, Alger, 1913
  19. Mohamed El Abdery, Voyage à travers l'Afrique septentrionale au XIIIe siècle
  20. Al Idrissi, Livre de la récréation de l'homme désireux de connaître les pays, traduction de Pierre Amédée Jaubert, Paris, 1836-1840
  21. Luis del Mármol Carvajal, L'Afrique de Marmol, traduction de Nicolas Perrot, sieur d'Ablancourt, éd. Louis Billaine, Paris, 1667
  22. Pierre d'Avity, Description générale de l'Afrique. Seconde partie du monde, éd. Hachette, Paris, 1972
  23. Laurent d'Arvieux, Mémoires du chevalier d'Arvieux, éd. Charles et Jean-Baptiste Delespine, Paris, 1735
  24. Mohammed Seghaier Ben Youssef El Béji, Chronique tunisienne, traduction de Victor Serres et Mohamed Lasram, Tunis, 1978
  25. Jean André Peysonnel, Voyages dans les régences de Tunis et d'Alger, éd. Gide, Paris, 1838
  26. (fr) Henri Dunant, Notice sur la Régence de Tunis, imprimerie de Jules-Guillaume Fick, Genève, 1858
  27. (fr) Victor Guérin, Voyage archéologique dans la Régence de Tunis, éd. Plon, Paris, 1862
  28. Albert de La Berge, En Tunisie. Récit de l'expédition française, éd. Librairie de Firmin-Didot et Cie, Paris, 1881
  29. (fr) Historique de la SNCFT
  30. Albert de La Berge, En Tunisie, Récit de l’expédition française, 1881
  31. Abbé Bonjean, La Nouvelle église de Béja, éd. Jacques Godenne, Namur, 1938
  32. (en) Cimetière militaire de Béja (Commonwealth War Graves Commission)
  33. Interview du premier maire de Béja, Mahmoud Keffi, publiée dans la revue Hadith El Karn en juillet 1987
  34. Charles Diehl, Les forteresses byzantines de la Proconsulaire, 1893

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