| LA NECROPOLE PHENICIENNE DE VAGA | SOMMAIRE |
| 1 | NOTICE
EPIGRAPHIQUE SUR BEJA ET SES ENVIRONS Auteur: Le capitaine Vincent |
| 2 | BEJA ET SES ENVIRONS Auteur: V. DIRRAFOURG |
| 3 | LA NECROPOLE PHENICIENNE DE VAGA Auteur: René CAGNAT |
| 4 | EN TUNISIE Auteur: René CAGNAT |
| 5 | MONNAIES DE LA NECROPOLE PUNIQUE DE VAGA |
1. NOTICE EPIGRAPHIQUE SUR BEJA ET SES ENVIRONS
Auteur: M. le capitaine VINCENT
Source: Bulletin de l'Académie d'Hippone. Numéro: 19
Publication: 1883
CHRONIQUE
LETTRE DU CAPITAINE VINCENT AU PRESIDENT DE L'ACADEMIE
D'HIPPONE
Béja, le 9 février 1883.
Monsieur le Président,
Sur le mamelon situé à 1,800 mètres de la ville de Béja, où se trouve
actuellement le camp, on remarque entre la maison du commandant supérieur et celle du
service des renseignements, une masse de béton rougeâtre qui émerge à certains
endroits du sol. Cette maçonnerie très dure, dans laquelle on a jeté de gros blocs de
pierre, s'étend assez loin à droite et à gauche de la place d'Armes.
En pratiquant des fouilles pour la construction d'un canal destiné à
l'écoulement des eaux, derrière notre bureau, les ouvriers ont mis à jour une
excavation en forme de caveau voûté, dans laquelle il a été trouvé des ossements
humains, une lampe et une urne funéraire.
En présence de cette découverte et après examen du sol, j'ai fait pratiquer
quelques sondages et, en divers endroits, j'ai constaté l'existence de puits murés avec
de forts moellons et de la terre meuble.
Le déblaiement de ces puits à commencé et jusqu'à
ce jour le nombre des caveaux découverts se monte à douze environ.
Tous ces tombeaux sont construits d'une façon uniforme. Une entrée, ayant la
forme d'un rectangle, permet d'y descendre. Ces ouvertures sont taillées dans la
maçonnerie en béton et varient entre1m 50 et 3 mètres de profondeur.
Les tombeaux construits dans la maçonnerie affectent la forme d'une demi-circonférence ou d'une demi-sphère,
selon qu'ils ont servi de sépulture à une ou plusieurs personnes.
En entrant dans l'intérieur, on est frappé de l'état parfait de conservation
des objets qui y sont placés et qui remontent à une période de vingt siècles au moins.
Sur un sol légèrement friable et recouvert d'une couche de poussière grisâtre
où à des coquilles d'escargots se mêlent des débris de toute sorte, des ossements
humains reposent et donnent une idée de la position qu'occupait précédemment le corps.
Différentes poteries sont placées à droite et à gauche du squelette; ce sont
des urnes, des lampes, des bols, des soucoupes. Quelques-unes de ces poteries sont très
fines et affectent des formes élégantes. Plusieurs médailles en cuivre ont été
trouvées; elles portent soit une tête de cheval, soit un cheval lancé au galop. Sur la
face, on retrouve les originaux dont les fac-similé se
trouvent dans l'Univers pittoresque, édition 1844, traitant de Carthage, par Dureau de la Malle.

Source: Univers
pittoresque, édition 1844, traitant de Carthage, par Dureau
de la Malle

Source: Univers pittoresque, édition 1844, traitant de Carthage, par Dureau de la Malle
La forme de ces caveaux, l'examen de ces médailles, l'absence de toute
inscription, tout nous fait présumer que ces tombeaux devaient servir de sépulture à
des Carthaginois, et que le mamelon où le camp de Béja se trouve actuellement était une
vaste nécropole où les anciens habitants de Vaga enterraient
leurs morts.
Un crâne, dont la moitié latérale droite était intacte, a permis à M. le Dr
Martin, aide-major au 92e de ligne, d'en déterminer les
principaux caractères.
L'angle facial, mesuré suivant la méthode de Camper, avait 73° d'ouverture. La
boîte crânienne, vue par sa partie supérieure, était ovale, la plus grande longueur
l'emportant sensiblement sur la plus grande largeur. Les bosses sourcilières
étaient saiilantes. Les incisives verticales.
Le crâne appartenait donc au type dolicocéphale orthoguathe, c'est-à-dire aux races indoues ou sémitiques qui se
rattachent elles-mêmes à l'espèce caucasique.
Ce qui est toutefois contradictoire avec deux caractères, c'est le peu
d'ouverture de l'angle façial.
Les fouilles continuent, et tout fait présumer, que de nouvelles découvertes
viendront s'ajouter à la collection déjà nombreuse des objets que nous nous proposons
d'adresser au musée crée à Tunis.
Nous avons fait entourer d'un mur en pierre sèche le terrain où se trouvent les
tombeaux, de manière à protéger leur conservation.
D'après les renseignements recueillis auprès des plus anciens habitants de
Béja, ce mamelon, qui porte le nom de Bou-Amba, a été de
tout temps recouvert d'une forte couche de terre végétale et cultivé par les gens du
pays.
Depuis notre occupation, les travaux exécutés pour l'installation du camp ont
enlevé la couche de terre arable et nous ont permis de faire les découvertes dont j'ai
l'honneur de vous rendre compte ici.
Les fouilles exécutées jusqu'à ce jour ont donné, comme résultat, la
découverte d'une vingtaine de tombeaux; mais ceux qui sont situés sur le sommet du
mamelon, autour de la maison du commandant supérieur et qui paraissent d'une époque plus
ancienne, sont comblés. Il n'y a été trouvé que très peu d'objets intacts.
Veuillez agréer, etc.
VINCENT
Capitaine hors cadres
EXTRAIT DES PROCES VERBAUX DES SEANCES
M. le capitaine Vincent écrit de Béja qu’en faisant creuser derrière la
maison qu’il habite un petit canal pour l’écoulement des eaux, il vient de découvrir
une série de tombeaux de 1m 65 de haut sur 1m 00 de large, renfermant, entre autres
objets, plusieurs médailles de l’époque carthaginoise. Il en est à son huitième,
dit-il, et pense en découvrir d’autres encore, car la masse de béton au milieu de
laquelle ces tombeaux sont creusés émerge du sol sur une assez longue étendue.
REUNION DU BUREAU DU 24 MARS 1883. - Présidence de M. PAPIER. - Après la
lecture et l'adoption du compte-rendu de l'assemblée générale du 15 février dernier,
M. le président donne lecture de la correspondance et des communications qu'il a reçues
depuis cette date.
Communications. - M. le capitaine Vincent adresse de Tunisie un plan du camp de Béjà, situé sur un mamelon appelé par les indigènes Bou-Amba, des dessins représentant la coupe des fouilles de huit
tombeaux, dans lesquels il a trouvé des lampes et des vases de formes très diverses dont
il joint les dessins à son envoi.
Le bureau décide la reproduction par la gravure de ces divers dessins, et
l'insertion dans le Bulletin n°19 des rapports qui les accompagnent.